17.06.2011

Nouvelle adresse

A partir de ce vendredi vous pourrez découvrir mon nouveau blog MediaBeNews à l'adresse suivante :

http://mediabenews.wordpress.com/

Je regrette d'avoir à migrer vers un autre hébergeur, mais les trop nombreux problèmes techniques récurrents de Skynetblogs deviennent lassants.

Ce blog-ci restera ouvert afin que vous puissiez continuer à consulter et utiliser ses archives, pour les nouveaux articles, rendez-vous sur MediaBeNews.wordpress.com

J'espère que cela ne vous dérangera pas trop et n'oubliez pas de modifier votre marque-pages :-))

Bien à vous et à bientôt

Luc Torreele

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Photo de la semaine : camp de réfugiés syriens en Turquie

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Ayant fui la répression syrienne par le Nord, de nombreux Syriens se sont réfugiés dans les camps mis en place par la Turquie dans la province frontalière de Hatay.

Média et propagande: Presse française qu’en attendre ?…

Qui sont les médias français et que peut-on en attendre ?

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Khadafi aurait massacré son peuple justifiant d’une résolution de l’ONU et d’une guerre qui se veut “humanitaire” (les oxymores sont tellement à la mode de la pensée unique) contre son régime mais qui prend de plus en plus l’allure d’une guerre impérialiste. Où sont les preuves des massacres de Kadhafi ?… Les médias ont-ils enquêté avant de publier des informations ?

Depuis, l’OTAN s’empêtre et guerroie en soutenant des “rebelles” émanant d’Al Qaeda (CIA), recyclé pour la “bonne cause” et les médias étouffent les bombardements de cibles et de populations civiles par les forces de l’OTAN et l’utilisation de munitions à uranium appauvri.

L’opération d’intox des opinions publiques se renouvelle de plus belle avec la Syrie, qui eclipse dans les nouvelles les exactions de l’OTAN en Libye. La désinformation semble battre son plein pour canaliser l’opinion publique vers le soutien d’une nouvelle résolution de l’ONU contre le régime El-Assad, même si le peuple syrien dans sa vaste majorité, fait bloc contre l’ingérence étrangère (saoudienne, états-unienne et israélienne) qui cherche à diviser le pays pour mieux le faire imploser et le contrôler.

Des tristement célèbres mystérieux franc-tireurs tirant sur la foule et les forces syriennes (pas exemptes de reproches loin s’en faut dans la gestion de l’urgence), à la récupération façon mise en scène de la mort atroce d’un jeune garçon, au blog populaire d’une militante lesbienne syrienne fantôme “arrêtée” par le régime (blog et personnage inventés et gérés par un étudiant américain depuis le Royaume-Uni), en passant par la concentration des “informations” divulguées aux agences de presse émanant de personnes résident en dehors de Syrie et dont l’objectivité est plus que douteuse pour ne pas dire illusoire; nous nous rendons compte que la couverture médiatique des évènements syriens engendre le tout et le n’importe quoi dans une atmosphère de chaos savamment entretenue. La confusion règne, donc intox et propagande n’en ont que plus d’effet sur un public très peu informé sur la société syrienne, ostracisée depuis longtemps.

Pourquoi la presse française ne fait-elle pas le tri, en est-elle capable ?… En a t’elle surtout la volonté ? La déontologique semble être aux abonnés absents depuis un bon moment.

De qui parlons-nous ? D’une presse qui depuis plus de cinquante ans n’a fait que toujours plus se concentrer en le moins de mains possible, à l’instar de la grosse industrie et du système banquier et financier. La concentration des pouvoirs décisionnaires de manière sauvage, sans contre-pouvoir réel a lié la presse écrite et audio-visuelle aux charlatans de l’information qui sont devenus les décideurs et les payeurs du système propagandiste.

Qui contrôle les médias français ? Des groupes qui sont des actionnaires majeurs et primordiaux des grands médias.

Dans son étude chronologique des médias français de 1953 à 2005, Bénédicte Delorme-Montini (“Les médias en France, chronologie”, Gallimard 2006), nous voyons l’évolution de la concentration des médias aux mains de grands groupes nationaux et transnationaux. Les groupes se remodèlent en fonction de la conjoncture: de Matra-Lagardère-Hachette à EADS-Lagardère-Hachette (restons dans le militaro-industriel), Bouyghes et le BTP et les gros contrats associés à l’État, la fameuse presse Hersant même sur le déclin aujour’hui, qui représente toujours un pouvoir de contrôle conséquent et non négligeable, au groupe Dassault (toujours le militaro-industriel), ces grands groupes contrôlent la vaste majorité des médias français et donc façonnent ou son capable de façonner l’opinion publique à la demande.

L’étude de Delorme-Montini nous apprends en contre-partie qu’en 1993, les français faisaient moins confiance à la presse et aux journalistes qu’en 1985, respectivement 42% contre 59% d’après un sondage Sofrès de l’époque. A cette époque le numéro 1 des groupes de contrôle de la presse française était sans conteste le groupe Matra-Hachette (Lagardère) avec 25 milliards de francs de chiffre d’affaire, Hersant n’arrivant que second loin derrière et le groupe Filipacchi, Amaury, Havas, Publicis troisième.

Conjoncturellement c’est en 1997, que le groupe Filipacchi fusionna avec Matra-Hachette. Les années 2000 ont vu la consolidation des groupes Bouyghes et Lagardère-EADS, Bouyghes-TF1 ayant racheté la chaîne de télévision Histoire, qui était alors publique à 52% (ceci a une importance plus qu’anecdotique, car contrôler l’histoire, la façon dont elle est dite et divulguée est une manière efficace de contrôler le présent et d’anticiper le futur, voire d’aider à le façonner de manière subjective). Bouyghes racheta aussi en 2005 Ushuaïa TV (ainsi l’écolo Hulot passa de Rhônes-Poullenc à Bouyghes, des payeurs dont le souci écologiste est bien sûr tout à fait évident…).

Quid des publications ? Le plus gros journal quotidien national est le Figaro qui appartient au groupe Dassault. Le profit n’est pas tant la motivation essentielle en France quant au rachat d’un quotidien (la plupart travaille à perte…), que le pouvoir d’influencer les opinions. D’après un papier d’André Schiffrin dans le Monde Diplomatique d’Octobre 2007, Serge Dassault déclara au rachat du Figaro qu’il voulait en fait avoir un journal qui exprimerait sa vision des choses… Difficile à partir de là de faire plus objectif !

En Janvier 2005, Edouard de Rothschild racheta 38,8% des parts du journal Libération pour 20 millions d’Euros pour en devenir l’actionnaire principal. Libération ou la descente aux enfers d’un journal qui passa de l’autogestion dans les années 1990 à la déchéance totale du joug hyper-capitaliste Rothschild. Quel parcours !

Le journal Le Monde quant à lui accueillit comme gros actionnaires en Mars 2005 le groupe Lagardère ainsi que Prisa (Espagne), Saint Gobain et Fiat.

L’article de Schiffrin précédemment cité nous informe que les deux tiers de la presse écrite française (journaux et magazines) sont détenus par les deux plus gros armuriers de France: Lagardère-EADS (Europe 1, Paris-Match, le Journal du Dimanche, 25% du “Parisien”, 17% du Monde et 50% du plus gros réseau de distribution des journaux NMPP) et Dassault (Le Figaro, FC Nantes).

Donc, la question qui brûle les lèvres est la suivante: comment peut-on faire confiance à une presse dont les actionnaires principaux sont les deux plus gros armuriers de France et l’ossature même du complexe militaro-industriel de l’hexagone?

Peut-on vraiment croire en l’objectivité de médias dont les fonds et feuille de route éditoriale émanent du complexe-militaro industriel national ?

Si la presse avait pour velléité de dire la vérité, elle vérifierait ses sources et serait bien plus critique, surtout elle se battrait pour vraiment rester indépendante. Mais vérifier les sources exposeraient grandement les manœuvres propagandistes d’intoxication des masses et irait contre les intérêts particuliers de ces mêmes groupes qui sont essentiellement d’encourager à la guerre, car il faut vendre des bombes, des avions et des missiles, et écluser les stocks avant leur péremption.

N’y a t’il pas un conflit d’intérêt majeur aujourd’hui entre divulguer une information juste et objective et satisfaire les intérêts des actionaires principaux ? Peut-on sincèrement penser résoudre cette question sans regagner une indépendance face au profit ?

La collusion média-politique par le truchement de la concentration du pouvoir fnancier dans trop peu de mains qui ont des intérêts particuliers à ce que conflits et guerres florissent, rend les médias obsolètes et indignes de confiance.

Que se passe t’il ailleurs ? Dans la presse du Royaume-Uni, d’Australie, de Nouvelle-Zélande et d’une partie des Etats-Unis, règne le magnat Ruppert Murdoch, Ted Turner aux Etat-Unis, Silvio Berlusconi en Italie, on voit que la presse dans sa vaste majorité est bien muselée et contrôlée par un cartel d’oligarques aux conflits d’intérêts évidents en rapport avec une certaine objectivité de la presse.

Par contre, il n’y a qu’en France que l’on peut constater un lien direct entre deux grands groupes du complexe militaro-industriel et leur actionnariat majoritaire dans une vaste portion des médias nationaux. Cela fera dire aux cyniques qu’au moins nous en France, ne sommes pas hypocrites… Accordons au moins cela !

Le public ne s’y trompe plus, et il se tourne de plus en plus vers les sources d’information alternatives et citoyennes de la toile, qui, si elles manquent aussi parfois d’objectivité, ont le mérite néanmoins de faire circuler dans bien des cas une information hors propagande.

L’oligarchie industrielle qui contrôle les médias le sait pertinemment et fait tout ce qui est en son pouvoir pour museler le pouvoir de la toile à désintoxiquer le citoyen par le biais d’une presse alternative dont l’influence sur le réveil de l’esprit critique ne peut plus être sous-estimée.

A cet égard, les “loupés” propagandistes du style de celui du vrai-faux blog de l’activiste lesbienne syrienne fait d’une pierre deux coups:

Premier effet: l’intox que cela génère tant que cela marche, puis second effet pervers: lorsque l’affaire éclate (et elle a sûrement éclatée à dessein), elle tend à discréditer une certaine utilisation de l’internet et apporte de l’eau au moulin des censeurs de tout poil, qui vise à un muselage en règle de la toile. Plus vite dit que fait … Mais l’intention y est soyons-en sûr.

Les nations qui tiennent tête à l’empire anglo-américain (dont la France est un pays de facto satellite) ne sont pas les seules à subir une ingérence. La toile également est sous une pression constante de l’oligarchie, car la liberté d’expression et l’accès à une information libre et détoxifiée représentent l’anti-thèse du fascisme imposé de la pensée unique. Attendons nous à plus de tentatives de réglementation liberticide légiférant la toile.

Nous devons lutter pour la vérité, mais aussi pour préserver l’internet comme organe d’expression libre.

Les mois à venir seront cruciaux. Nous les peuples avons les moyens d’exposer et de vaincre cette fange sectaire oligarchique et de torpiller leurs intentions de contrôle absolu, de guerre, de destruction, de chaos et de gouvernance globale auxquels ils aspirent et du néo-esclavagisme de leur projet de société post-industrielle qui en découlera immanquablement.

La liberté de la presse s’est usée car elle ne s’en sert plus dans les grandes largeurs. Les médias alternatifs ont repris le flambeau et notre vénéré palmipède national se doit de le considérer, nous l’en remercions d’avance. Pas d’antagonisme, mais de la complémentarité et du respect.

C’est solidaires que nous vaincrons les diktats oligarchiques.

Resistance 71

Arabie saoudite : quelle stratégie au Yémen ?

yemen_arabie.jpgLa détérioration rapide de la situation au Yémen, après quatre mois de troubles, a conduit l’Arabie saoudite à intervenir et à changer de posture, évoluant d’un soutien au président ’Ali ‘Abdallah Saleh, jusqu’ici considéré comme le garant de la stabilité du pays,  à son abandon ; le maintien au pouvoir de ce dernier étant désormais perçu comme la principale source d’instabilité au Yémen. Le refus, le 22 mai,  du président Saleh d’accepter le compromis « saoudien » porté par le Conseil de Coopération des Etats arabes du Golfe : démission contre impunité, est en grande partie à l’origine de ce revirement.


L’Arabie saoudite a toujours joué un rôle dans les affaires internes du Yémen en soutenant des factions opposées, quitte à nouer des alliances souvent contre nature (notamment avec les socialistes du Sud-Yémen en 1994) , en finançant des responsables politiques et des chefs de tribus, en facilitant la propagation du salafisme wahhabite dans l’objectif inavoué d’empêcher l’émergence d’un Etat central puissant, unifié et en conséquence menaçant.


Le lâchage politique de Saleh, hospitalisé à Riyadh à la suite d’un attentat commis le 3 juin dans la mosquée du complexe présidentiel à Sana’a, contraint l’Arabie à trouver une alternative susceptible de satisfaire ses propres objectifs politiques et diplomatiques qui, dans le même temps, sera acceptable pour le mouvement de révolte civile « la jeunesse »), dépourvu de chef clairement identifié et sur lequel Riyadh n’a, semble-t-il, pas prise. 


La gestion du dossier yéménite par les autorités gouvernementales saoudiennes n’est pas le fait du ministre des affaires étrangères, Sa’oud al-Fayçal, mais un dossier réservé du prince héritier Sultan bin ‘Abdel’aziz, par ailleurs ministre de la défense, placé à la tête d’une structure ad-hoc : la commission mixte saoudo-yéménite. La détérioration continuelle de l’état de santé de Sultan, désormais incapable d’assumer ses fonctions, a néanmoins provoqué la quasi-mise en sommeil de la commission, dont le périmètre s’est réduit à la seule coopération économique et financière.

 

Etat de fait qui coïncidait d’ailleurs avec un intérêt moins marqué des autorités saoudiennes pour la situation yéménite, à un changement de génération des décideurs yéménites (fils du président Saleh, clan al-Ahmar) moins proches des princes saoudiens que leurs aînés, jusqu’à l’apparition de troubles frontaliers en 2009 nécessitant l’intervention de l’armée saoudienne contre la rébellion nordiste houthiste (« Guerre de Sa’dah »).


La gestion du dossier yéménite semble actuellement relever de l’autorité du  prince Nayef bin ‘Abdel’aziz, frère de Sultan ; ministre de l’intérieur et numéro trois du Royaume. La raison structurelle qui préside à cette étrange répartition des dossiers diplomatiques, qui n’a rien d’exceptionnel dans la politique étrangère saoudienne, tient surtout à ce que le Yémen est essentiellement considéré sous l’angle de la sécurité, du risque terroriste, du renseignement et des affaires tribales.


Mohammed bin Nayef, vice-ministre de l’intérieur ; fils du ministre de l’intérieur, gère ainsi les questions liées au risque terroriste, en l’occurrence la menace que fait peser al-Qa’ida dans la Péninsule arabique, franchise yéménite du réseau terroriste qui compte dans ses rangs de nombreux Saoudiens. Miqrin bin ‘Abdel’aziz, chef des services de renseignement ; demi-frère de Sultan, Nayef et du roi Abdallah, est également impliqué dans la gestion du dossier en ce qui concerne les activités illégales transfrontalières (criminalité, infiltration de terroristes, surveillance des « rebelles » nordistes houthistes). Khaled bin Sultan, fils du prince héritier, a dirigé les opérations militaires, avec un succès mitigé, lors des affrontements entre troupes saoudiennes et rebelles houthistes à la fin de l’année 2009.


Nayef est un conservateur, ministre de l’intérieur depuis 35 ans oblige ; réactionnaire, par nature ; proche des islamistes, par conviction. Il semble ainsi privilégier une sortie de crise au profit d’’Ali Mohsen Saleh al-Ahmar, le général rebelle ayant rallié l’opposition le 20 mars, apparenté au président Saleh, et lui-même très proches des milieux salafistes extrémistes.


Riyadh dispose de nombreuses autres options au Yémen : en particulier, la famille al-Ahmar, à la tête de la rébellion tribale, avec laquelle les princes entretiennent des relations anciennes et privilégiées. Le cheikh Aballah bin Hussein al-Ahmar, ancien chef de la confédération tribale des Hashed (dont sont membres le président Saleh et Ali Mohsen) ; ancien président du Parlement et chef du parti d’opposition al-Islah a toujours pu bénéficier des largesses de Riyad ; il est mort dans la capitale saoudienne en 2007. Depuis le début du mois de juin, ses dix fils n’ont de cesse de vanter les mérites du royaume saoudien dans l’espoir de voir Riyadh peser de son poids dans le choix d’une transition politique en faveur de leur clan.


Il est néanmoins improbable que le choix d’’Ali Mohsen ou celui des cheiks al-Ahmar puisse satisfaire les aspirations de l’opposition civile (mouvement de la jeunesse et coalition des partis d’opposition) tant la rupture avec l’ancien régime apparaîtrait dérisoire.

Riyadh entretient également des relations étroites avec des chefs de tribus de l’autre confédération, numériquement plus forte, politiquement plus faible, celle des Bakil. Le rapprochement s’est opéré à mesure de l’incapacité grandissante des Hashed à remplir, au profit de Riyadh, le rôle de « force d’interposition » contre la rébellion houthiste, menaçant la stabilité à la frontière.


Autre carte possible : les islamistes du parti d’opposition al-Islah, tendance Frères musulmans, largement impliqués dans la contestation du régime, même si rien n’indique, pour l’heure, qu’ils soient prêts à faire allégeance à Riyadh et qu’ils puissent recueillir l’assentiment de la population.


Les autorités saoudiennes sont désormais placées devant un dilemme :


- la nécessité de restaurer la stabilité et la sécurité au Yémen pour évacuer tout risque terroriste (al-Qa’ida dans la Péninsule arabique désigne le Royaume parmi ses cibles) et écarter la menace d’une instabilité à la frontière, qu’elle procède de l’agitation des tribus ou de l’incapacité de l’état central à contenir les rebelles nordistes ;


- seule une transition politique rapide permettra d’assurer le rétablissement de la sécurité,  au risque, pour Riyadh, de voir émerger un nouveau gouvernement plus favorable à l’instauration d’un régime démocratique, dont l’Arabie saoudite ne veut pas,  qu’au maintien de l’influence saoudienne au Yémen.


Riyadh dispose néanmoins d’un atout considérable : une puissance financière intacte et la possibilité de menacer le Yémen d’une cessation de son aide budgétaire, jusqu’ici nécessaire   pour assurer le financement des projets d’investissement des autorités yéménites.

Abou Anaïs

Dans le brouillard de la cyberguerre

Dans leur stratégie de cybersécurité, les Etats-Unis considèrent le piratage d’une infrastructure vitale ou d’un système d’information critique (centrale électrique, télécommunications, gouvernement, réseaux bancaires, etc) comme un acte de guerre… et envisagent, le cas échéant, de riposter avec leur armement conventionnel ou nucléaire. C’est ici que le bellicisme l’emporte sur la prudence.



Vers une esthétique de la « cyberpuissance » ?

Le 16 mai 2011, la Maison Blanche a publié le document (format PDF, 30 pages)International Strategy for Cyberspace: Prosperity, Security, and Openness in a Networked World. Cette stratégie américaine de cybersécurité a l’immense mérite de sa clarté et de sa concision :

 

« The cyberspace environment that we seek rewards innovation and empowers entrepreneurs; it connects individuals and strengthens communities; it builds better governments and expands accountability; it safeguards fundamental freedoms and enhances personal privacy; it builds understanding, clarifies norms of behavior, and enhances national and international security. This cyberspace is defined by four key characteristics: 1/ Open to innovation, 2/ Interoperable the world over, 3/ Secure enough to earn people’s trust, 4/ Reliable enough to support their work. »

En outre, elle articule habilement recherche & développement, diplomatie, défense et libertés électroniques dans un seul et même continuum, et peut presque se lire comme un mode d’emploi pour les multiples agences et départements fédéraux (Défense, Justice, Sécurité Intérieure, FEMA, etc). Dans ce même document (p.18), un paragraphe a particulièrement attiré l’attention des amateurs et des professionnels de la cybersécurité :

« When warranted, the United States will respond to hostile acts in cyberspace as we would to any other threat to our country. All states possess an inherent right to self-defense, and we recognize that certain hostile acts conducted through cyberspace could compel actions under the commitments we have with our military treaty partners.We reserve the right to use all necessary means—diplomatic, informational, military, and economic—as appropriate and consistent with applicable international law, in order to defend our Nation, our allies, our partners, and our interests.In so doing, we will exhaust all options before military force whenever we can; will carefully weigh the costs and risks of action against the costs of inaction; and will act in a way that reflects our values and strengthens our legitimacy, seeking broad international support whenever possible. »

En plus clair, tout acte malveillant contre une infrastructure vitale ou un système d’information basé sur le sol américain sera considéré comme une acte de guerre par le gouvernement fédéral qui, faisant valoir la notion « d’équivalence » (au cas où une cyberattaque causerait autant de nuisances/dégâts qu’une frappe conventionnelle ou nucléaire), se réserve le droit de recourir à toute forme de représailles.

« Si vous stoppez notre réseau électrique, peut-être que nous vous enverrons un de nos missiles », avait alors déclaré un responsable du Pentagone sous couvert de l’anonymat lors de l’informelle campagne de communication accompagant la publication de la stratégie américaine de cybersécurité.

L‘International Cyberspace Strategy a été habilement décrypté par les blogs amis CIDRIS Cyberwarfare et Si Vis Pacem Para Bellum. Malheureusement, leurs analyses manquent cruellement de crocs et de venin. En effet, si la stratégie américaine de cybersécurité s’inscrit pleinement dans les règles du droit international (en matière de conflit armé), elle omet gravement plusieurs réalités propres au théâtre cybersécuritaire.

La cyberguerre improbable

Dans mon article « Peut-on dissuader dans le cyberespace ? » (versionfrançaise ou anglaise), j’évoquais la possibilité qu’une cyberattaque d’ampleur causent des nuisances/dégâts équivalents à ceux de bombardements aériens mais insistait également sur leur caractère temporaire. Entretemps, le malware Stuxnet a révélé comment de malicieuses lignes de code peuvent endommager une infrastructure physique.

Infectées par le ver Stuxnet, des usines iraniennes d’enrichissement de l’uranium ont certes subi de sérieuses nuisances – ralentissant quelque peu le programme nucléaire iranien – mais n’ont point été détruites par une frappe aérienne… comme ce fut le cas pour la centrale nucléaire irakienne d’Osirak après un raid de l’aviation israélienne en 1981. Le cyberpiratage d’une centrale hydroélectrique au Brésil – qui priva des centaines de villes d’électricité – ne dura que trois jours, le temps que les opérateurs de cette infrastructure vitale rétablissent son fonctionnement normal. Nul doute qu’ils auraient eu beaucoup plus de mal en cas d’attentat terroriste.

Cyberattaquer une infrastructure vitale est une chose, détruire physiquement cette même infrastructure en est une autre. Pertes humaines en sus. La notion d’équivalence brandie par le Pentagone ne résiste donc pas à une comparaison poussée et révèle aussitôt de profondes lacunes.

À ce jour, l’attribution d’une attaque, d’une intrusion ou d’un « cybotage » demeure l’épineux problème du théâtre cybersécuritaire. L’incessante sophistication des technologies de l’information et le communication n’arrange pas les choses. De l’offensive en ligne au sabotage par clé USB, « l’esprit cybercriminel » ou « le chien de cyberguerre » veille autant que possible à brouiller les pistes, profitant astucieusement de configurations inhérentes aux technologies numériques qui favorisent d’abord et surtout l’intrus ou l’attaquant, et interdisent de facto son identification rapide et sa localisation précise.

Stuxnet serait-il l’oeuvre conjointe des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran nucléaire ou d’un concurrent de Siemens dans le secteur des systèmes de contrôle industriels ? Peut-être. Mais comment le prouver ? Le gouvernement russe fut-il le commanditaire de la cyberattaque d’ampleur dont fut victime l’Estonie après le déboulonnage d’une statue de l’ère soviétique ? Les autorités estoniennes en sont persuadées mais ne disposent d’aucune preuve solide et irréfutable.

Les Etats-Unis oseront-ils – conformément à leur stratégie de cybersécurité – bombarder un territoire à l’arme conventionnelle ou nucléaire sur la seule base de fortes suspicions ? Comment différencier instantanément acte cybercriminel, acte « cyberterroriste » et « acte de cyberguerre » ? Quelles pays devront-ils cibler en cas de cyberattaques menées par plusieurs hackers internationaux via des myriades de serveurs et d’automates logiciels de par le monde ? Même dans le cas de représailles en ligne, le risque de dommages colatéraux n’est-il pas incroyablement élevé du fait de la « pervasivité » des protocoles et de l’interconnexion croissante des sociétés modernes ?

Lors de la seconde guerre du Golfe, le Pentagone envisagea de cyberattaquer les réseaux télécoms et le système bancaire irakiens. L’administration Bush s’y opposa fermement pour une simple et bonne raison : une telle action aurait eu des conséquences néfastes pour tous les pays voisins de l’Irak… ainsi que pour la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ! Leurs gouvernements auraient-ils pu distinguer – sur le vif – une cyberattaque d’un effet domino ?

Washington serait-il capable d’établir illico presto cette distinction en cas d’acte malveillant ou de bogue en cascade au sein du réseau américano-canadien d’électricité ou de la bourse de New York ? Et si cet éventuel acte de guerre était plutôt le fait d’adolescents texans en mal de sensation, faudrait-il lancer des missiles de croisière sur Houston et Dallas après conclusion de l’expertise informatique c-à-d plusieurs semaines/mois après les faits ?

La cyberguerre étant en primauté une affaire d’individus plus que d’états, une nation étrangère (l’Iran, par exemple) doit-elle considérer une cyberattaque menée par des « hacktivistes » américains comme un acte de guerre provoqué par la Maison Blanche ? Doit-on également tenir l’Amérique pour responsable des actes malveillants initiés par ses citoyens ou déclenchés depuis son territoire ? Le Pentagone aurait-il oublié que les Etats-Unis semblent être la première source de cyberattaques dans le monde (cf. la firme cybersécuritaire McAfee)? Dès lors, pourquoi le gouvernement fédéral ne balaie-t-il pas devant sa porte ?

Ainsi, l’International Cyberspace Strategy démontre à quel point les principes de la guerre conventionnelle et de la dissuasion nucléaire sont très peu adaptés aux enjeux cybersécuritaires. D’une certaine façon, un état face aux hackers est aujourd’hui comme un boxeur poids lourd face à un essaim d’abeilles : complètement désemparé et très peu dissuasif.

À défaut d’admettre publiquement cette réalité propre au cyberespace, un état devrait éviter de rouler des mécaniques et faire preuve de prudence et de discrétion.

Charles Bwele, Electrosphère

Écrit par luc torreele dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Tags : cyberguerre, cybersécurité, internet, nucléaire, réseaux, stuxnet | | |  Facebook |

Les colombes de la paix planent au-dessus d’Islamabad

Avec la venue, samedi, du président afghan Hamid Karzaï à Islamabad, c’est une semaine capitale qui va se dérouler pour la session inaugurale de la commission conjointe afghano-pakistanaise en vue de la réconciliation avec le Taliban. Le chef de l’armée pakistanaise et celui de l’Inter-Intelligence Services siègeront dans cette commission et l’envelopperont sans ambiguïté d’un halo de prestige et d’autorité.

Pour la première fois, les militaires pakistanais participent ouvertement et officiellement au processus de réconciliation avec les Taliban (et en deviennent, de ce fait, les garants).

Si cela ne suffit toujours pas à rendre essentielle la visite de Karzaï, durant son séjour de deux jours à Islamabad, un accord commercial et de transit historique afghano-pakistanais deviendra opérationnel, accord que les deux pays ont négocié pendant plusieurs dizaines d’années, en vertu duquel lequel le Pakistan permet aux commerçants afghans d’accéder au marché indien par la frontière terrestre d’Attari-Wagha, dans les provinces pakistanaise et indienne du Pendjab.

En eux-mêmes, ces développements sont majeurs. Mais, la grande question est de savoir si pour arranger tout ceci, les Pakistanais annonceront une alliance supplémentaire – disons une réunion avec un autre Afghan de grande réputation ? Ceci peut sembler grotesque, mais seulement pour les naïfs ou les timorés. Car tout devient possible maintenant.

Du point de vue pakistanais, Karzaï est devenu un interlocuteur aussi important que les Américains, voire plus important. Un processus de paix « mené par les Afghans » est la formule retenue par toutes les puissances régionales – et même par les Etats-Unis. Et tous les protagonistes savent que Karzaï a un rôle clé à jouer pour emmener le processus de paix quand il débutera.

Les Etats-Unis sont terriblement pressés

D’ailleurs, les rapports entre Kaboul et Washington, qui n’ont jamais été faciles, n’ont jamais été aussi délicatement assurés, alors que les négociations sur un partenariat stratégique pour déterminer la direction que prendra la présence à long-terme des USA en Afghanistan entrent dans une phase critique. Islamabad observera avec intérêt le résultat de ces négociations et sera satisfait si Karzaï négocie ferme avec les Américains, comme celui-ci semble être en train de le faire.

Pendant ce temps, les développements sur le terrain engendrent également leur propre dynamique. L’ancien président afghan, également chef du Haut-Conseil afghan pour la paix, Burhanuddin Rabbani, a révélé au cours du week-end dernier que ses membres avaient tenu des négociations préliminaires avec le principal groupe Taliban mené par le Mollah Omar et avec le Quetta choura, comme on l’appelle au Pakistan, et que de « multiples canaux » gagnaient effectivement de la vitesse.

Qui aurait cru, jusqu’à cette semaine, que des représentants du réseau Haqqani s’étaient rendus à Kaboul « très récemment » – en principe, avec la connaissance et peut-être l’aide des militaires – et qu’ils ont eu des discussions avec des officiels afghans ?

Rien ne peut plus surprendre. Le ministre français des Affaires étrangères, en visite à Washington, a dit en privé, mardi, à un petit groupe de journalistes, juste avant de se rendre à des discussions au Département d’Etat et à la Maison Blanche, que les Etats-Unis étaient engagés dans des discussions tripartites avec les Taliban et le Pakistan ; qu’ils voulaient que les Taliban fassent partie de la solution, mais qu’ils avaient des difficultés à trouver des interlocuteurs crédibles dans le camp Taliban et qu’ils étaient d’accord pour parler de paix ; et, que des pourparlers étaient en cours « au moment où nous parlons ».

Juppé a expliqué que la situation en Afghanistan était devenue plutôt sombre. Malgré la montée en puissance des Etats-Unis, il y a un an, et en dépit des progrès revendiqués par les généraux états-uniens et de l’OTAN, qui commandent les troupes en Afghanistan, Juppé a dit qu’il n’était pas adéquat de parler d’un réel progrès contre les Talibans.

« Sur le terrain, la stratégie ne réussit pas aussi bien qu’espéré », aurait-il dit. Juppé a même exprimé des doutes sur d’éventuels avantages obtenus sur les Talibans et il a fait remarquer que les diplomates et les généraux ne tenaient pas tous le même discours.

Il a admis que la France doutait de la faisabilité de la transition qui était planifiée en juillet, alors que l’armée et la police afghanes étaient mal préparées pour assumer la responsabilité de la sécurité. Juppé a estimé, dans une illustration éloquente des énormes incertitudes, que selon ce que Paris avait entendu, la réduction des effectifs états-uniens cette année pourrait être comprise entre 3.000 et 30.000 soldats.

L’empressement désespéré du président états-unien Barack Obama à se débarrasser de sa croix en Afghanistan est compréhensible. Un sondage ABC-Washington Post de mardi montrait que les Américains ne sont pas prêts à pardonner l’état de l’économie de leur pays et que l’euphorie et le chauvinisme qui a suivi la mort d’Oussama ben Laden se sont rapidement évaporés.

Ce sondage est sorti avec le résultat consternant qu’Obama et son challenger républicain Matt Rommey sont au coude à coude – les deux candidats étant chacun crédités de 47% des voix.

Mardi dernier, au cours de l’audition de « nomination » devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, l’ambassadeur désigné pour l’Afghanistan, Ryan Crocker, un éminent diplomate qui a brillamment servi les intérêts américains dans une période de transformation similaire à Bagdad, a été néanmoins âprement interrogé par les sénateurs, y compris par John Kerry, sur l’aspect insoutenable de la guerre afghane dans l’environnement actuel du budget des Etats-Unis.

Crocker a été « sombre » et, selon le New York Times, il a donné aux sénateurs une « évaluation franche et directe » sur la situation afghane. Il a bien fait comprendre que l’accent de la politique des Etats-Unis s’était déplacé de la piste militaire vers la piste politique. Il a admis que son affectation à Kaboul allait être « plus difficile » que son tour de garde en Irak, mais il avait le sentiment que ce n’était pas « sans espoir ».

Les pressions sur le Pakistan

Telles qu’elles ont été faites, quelques jours avant l’annonce attendue par la Maison Blanche sur l’étendue du retrait des troupes états-uniennes en Afghanistan, ces remarques sont extrêmement révélatrices. Les choses se déroulent presque entièrement comme les militaires pakistanais l’espéraient et que les Talibans l’avaient prédit – le temps est de leur côté, pas du côté d’Obama. L’ironie, c’est que la mort de Ben Laden oblige Obama à accélérer la cadence, à cause de son opinion publique qui perçoit que la guerre en Afghanistan a été « gagnée », que la raison pour laquelle les Etats-Unis se sont rendus dans l’Hindou-Kouch a été remplie et que les attaques du 11/9 ont été vengées.

D’un autre côté, le Pakistan subit également une énorme pression de toutes parts. La communauté internationale, y compris la Chine et la Russie, exhorte le Pakistan à adopter un changement de paradigme dans sa politique afghane. Deuxièmement, le Pakistan a besoin de cultiver la bonne volonté de Karzaï. Troisièmement, la situation sécuritaire au sein du Pakistan est alarmante et le retour de bâton sur la désinformation orchestrée par ses propres services sur le terrorisme souligne les dangers d’utiliser les groupes terroristes comme des « agents stratégiques ». Quatrièmement, avec le départ de ben Laden, une fenêtre d’opportunité s’ouvre pour détacher les Talibans d’al-Qaïda et des « combattants étrangers », et les amener à négocier.

Plus important, l’exigence de longue date du Pakistan de la réconciliation avec le Taliban trouve désormais une acceptation pratiquement totale dans l’establishment états-unien. Cela oblige le Pakistan à amener les Talibans à s’asseoir à la table des négociations.

Bref, Karzaï entreprend sa visite à Islamabad après une grande quantité de discussions préparatoires et sur la supposition que le Pakistan est capable de prendre un nouveau tournant dans sa politique afghane. La visite d’adieu du Secrétaire à la Défense états-unien, Robert Gates, la semaine dernière à Kaboul, a été remarquée pour son absence totale de rhétorique anti-pakistanaise, tant par le camp américain que le camp afghan.

Une fois encore, la condition préalable principale pour que les Taliban entrent dans des pourparlers de paix sera remplie prochainement, peut-être dans la semaine à venir. Ceci concerne la sortie des Taliban d’une liste onusienne de terroristes, afin qu’ils puissent voyager et prendre ouvertement part aux pourparlers. Le gouvernement afghan a proposé une liste de 50 personnalités parmi les Taliban qui seraient « déclassés », sur la base de leur non-implication dans toute activité terroriste ces derniers temps.

Simultanément, un éventail de modifications est envisagée pour la « liste des 1275 » de l’ONU, qui comprend environ 450 terroristes appartenant à al-Qaïda et aux Taliban. L’idée est de bifurquer la liste et de « séparer les Taliban d’al-Qaïda, afin que Karzaï puisse décider quelles personnalités parmi les Taliban doivent être maintenues sur la liste de surveillance. »

La justification qui est donnée pour cette bifurcation est qu’al-Qaïda et les Taliban appartiennent, jusqu’à présent, à deux « champs d’action différents », puisque le Taliban, contrairement à al-Qaïda qui est une organisation mondiale, est centré sur l’Afghanistan. L’ironie suprême est qu’il a fallu 10 ans de combats pour que les Etats-Unis reconnaissent cette vérité élémentaire. En tout cas, le 17 juin a été fixé comme date pour que l’ONU approuve les propositions conduisant au retour des Taliban dans la vie politique dominante afghane.

Moscou gagne en influence

Il ne fait aucun doute que l’arrivée de Karzaï à Islamabad, une semaine plus tôt, a été minutieusement calculée. Ainsi que l’a fait remarquer le Wall Street Journal :

La pression coordonnée en vue de mettre fin à l’isolement international des dirigeants Taliban arrive au moment où l’administration Obama se joint à M. Karzaï pour accroître les efforts destinés à assurer un accord de paix solide qui pourrait mettre un terme à une décennie de guerre en Afghanistan […] Alors que les Etats-Unis se préparent à réduire leur présence militaire en Afghanistan cet été, l’administration Obama fait des pourparlers de paix une nouvelle priorité. Mais les officiels afghans et américains ont éprouvé, jusqu’à présent, des difficultés pour trouver des dirigeants Taliban légitimes désireux de négocier.

Une sorte de consensus régional émerge également selon lequel la guerre afghane met en danger la sécurité de tous. Les choses peuvent changer si, en aval d’un règlement, les Taliban essayent de saisir le pouvoir. Mais la probabilité est faible, étant donné l’affaiblissement actuel de la force de ce mouvement, son manque d’unité et l’infime possibilité que l’Etat pakistanais saute à pieds joints dans la bataille et engage d’énormes ressources sous le feu du regard scrutateur international. Par conséquent, la perspective d’une guerre civile qui ferait suite à la réconciliation avec les Taliban ne rend pas les puissances régionales insomniaques.

La visite de Karzaï se déroule juste avant la réunion au sommet de l’Organisation de la Coopération de Shanghai (OCS), à Astana mercredi prochain, où l’on s’attend à ce que l’Afghanistan y soit introduit en tant « qu’observateur » et à ce que le Pakistan y soit promu en tant que membre à part entière.

La participation de ces deux pays aux processus de l’organisation de sécurité régionale la plus influente ne peut qu’impacter le climat d’ensemble de la relation afghano-pakistanaise. Il suffit de dire que, pour la première fois, les réflexions afghano-pakistanaises sur le processus de paix auront un facilitateur, un arbitre ou un contrôleur – selon le point de vue de chacun – autre que les Etats-Unis.

La grande pression exercée par le Kremlin pour apporter verve et brio à un partenariat stratégique entre la Russie et le Pakistan, de même que le « retour » de Moscou en Afghanistan, devient un nouveau modèle pour les interactions afghano-pakistanaises. Jusqu’à présent, seule Washington bénéficiait d’une proximité spéciale avec Kaboul et Islamabad. Il est entièrement concevable que la Russie se positionne pour bénéficier d’un statut similaire dans la période à venir.

Qui plus est, tout indique que Moscou manœuvre en étroite coordination avec Pékin. La Russie et la Chine (et le Pakistan) sont toutes deux déterminées à ce qu’après 2014, les Etats-Unis ne maintiennent pas de base militaire permanente en Afghanistan. Pour sa part, Karzaï veut que les Etats-Unis continuent à s’impliquer et assistent l’Afghanistan, mais la question des bases militaires américaines sera bien trop délicate pour lui pour qu’il ne la mette pas à l’ordre du jour d’une loya jirga (grand conseil) spécialement réunie, comme il l’a promis, étant donné le fort courant dans l’opinion publique afghane qui milite contre toute forme d’occupation étrangère de leur pays.

Une joute verbale

En somme, tout milite finalement en faveur d’un environnement favorable pour Kaboul et Islamabad pour donner le coup d’envoi à un processus de paix. Les deux capitales disent que Washington participera à un tel processus – sans en exagérer la portée. En effet, il serait parfaitement irréaliste pour ces deux pays d’imaginer qu’il pourrait y avoir un règlement afghan sans l’implication et le soutien des Etats-Unis.

Mais ni l’un ni l’autre ne risquent de rechercher ou de proposer un rôle « exubérant » pour les Etats-Unis dans ce processus de paix ou de lui remettre les commandes. Leur déficit de confiance envers les Etats-Unis est bien trop profond, à cause de la politique états-unienne défectueuse (vicieuse ?) ces dernières années – maltraitant et humiliant Karzaï et même cherchant d’un côté à le remplacer, tout en semant d’un autre côté le doute dans l’esprit des Pakistanais sur leurs intentions envers le Pakistan.

Si l’élection présidentielle afghane de 2009 reste un souvenir incandescent pour Karzaï, le « débriefing » de l’agent secret clé états-unien, Raymond Davis, au cours de deux mois complets d’interrogatoire exténuant, à Lahore, a stupéfait les militaires pakistanais sur les dangereuses ramifications des opérations secrètes américaines pour la sécurité et la stabilité du Pakistan. Les Etats-Unis essayent désespérément de s’amender, mais tout ceci arrive trop tard. Une joute verbale captivante à trois a commencé ce week-end.

M.K. Bhadrakumar

Libye : le pays des mirages

Les absurdités de la guerre en Libye ont atteint un nouveau degré, avec des voix contradictoires qui rendent très difficile de faire la part entre réalité et fantasme. Toutefois, il est clair que dans un futur prévisible, aucun vainqueur ne sera prêt à émerger et que ce conflit s’enfoncera un peu plus dans le chaos et le carnage.

Au cours de la semaine qui vient de s’écouler, les absurdités de la guerre de Libye ont atteint un nouveau degré. Les responsables américains disent que les collaborateurs de Kadhafi veulent négocier sa sortie ; Kadhafi dit qu’il va mourir en martyr (en réalité, cela fait un certain temps que l’OTAN tente de l’aider à faire exactement cela).

Les rebelles disent qu’ils progressent avec « difficulté », comme le soulignent le grand nombre de victimes dans leur camp et la situation sur le terrain. La Cour Pénale Internationale (CPI) dit qu’elle veut ajouter le viol de masse à l’inculpation de Kadhafi pour crimes de guerre, tandis que la Turquie offre des « garanties » au colonel s’il devait démissionner. En attendant, les bannières opposées de l’intervention humanitaire et de la souveraineté des États flottent si haut qu’elles semblent avoir perdu tout point d’ancrage sur le terrain.

Croyez ce que vous voulez ! Comment pourrons-nous un jour nous souvenir que cette guerre sera résolue seulement une fois terminée, probablement dans bien longtemps, par une variation de la règle universelle que l’histoire est racontée par les vainqueurs. Cependant, dans un avenir prévisible, aucun vainqueur n’émergera, mais seulement plus de chaos et plus de carnage. Ces moments constituent les angles morts de l’histoire : la Libye se trouve donc dans une période sombre, non seulement d’un point de vue humanitaire, mais aussi du point de vue de l’histoire.

Kadhafi, ainsi que l’influent think-tank américain Stratfor le soutient, semble faire le pari d’une impasse. Stratfor a écrit dans un rapport récent :

Kadhafi a perdu toute chance de pouvoir réunifier la Libye sou son règne, mais il continue à espérer qu’il pourra survivre à la campagne aérienne de l’OTAN. Il est impossible de dire s’il croit vraiment ou non pouvoir reconquérir toutes les régions qu’il a perdues depuis février. Malgré tout, si Kadhafi devait parvenir à tenir pendant les prochains mois, il pourrait contraindre l’Occident à négocier un accord sur une certaine forme de partition, aussi dur à avaler que cela puisse paraître pour les pays qui mènent la campagne aérienne sous l’égide du Conseil des rebelles. En public, il nie avoir la partition comme objectif, mais avec une victoire totale qui est hors de question, ce serait le meilleur résultat possible qui resterait pour le dirigeant libyen.

En effet, la plupart des combats récents se sont déroulés autour d’importants terminaux d’exportation de pétrole, et l’on rend compte que Kadhafi et les rebelles se livrent une vive concurrence pour le contrôle des capacités de production de pétrole. Comprendre : sur le terrain, les deux camps sont à la recherche d’une source de revenu stable à long terme, très probablement en prévision d’une impasse prolongée qui nécessiterait de se réarmer constamment. Avec de puissants réseaux de contrebande d’armes qui ont déjà pris racine en Libye, l’embargo sur les armes, de toute façon régulièrement violé par toutes les parties, n’est guère une nuisance.

Sur le terrain, à l’Ouest de la Libye, le gouvernement a eu recours en grande partie à la même stratégie que celle qu’il a appliquée précédemment pour conduire à une impasse à l’Est. Ses tactiques et son équipement militaires supérieurs démoralisent les rebelles et leur infligent de lourdes pertes. Le lourd bilan civil sert à élargir la division et à inciter à la haine entre les partisans de Kadhafi et les rebelles, sclérosant ainsi ce conflit et consolidant la base de soutien du colonel. (La CPI envisage d’inculper Kadhafi de crimes de guerre contre la population civile ; les frappes aériennes de l’OTAN de plus en plus intensives produiraient également de lourds « dommages collatéraux »).

Sur le plan militaire, Kadhafi est confronté à une milice relativement nouvellement recrutée à l’Ouest, sans doute composée en grande partie d’hommes mécontents venant de la grande ville portuaire de Misrata, le principal fief rebelle dans cette partie du pays et l’épicentre de violents combats, ces deux ou trois derniers mois. Outre les bombardements aériens implacables de l’OTAN contre les forces du gouvernement, un facteur majeur derrière les avancées récentes des rebelles a été la disponibilité en hommes et en armes légères de contrebande arrivées par voie maritime.

« Les rebelles de Misrata ont de grandes ressources potentielles en hommes », explique un reportage de la BBC. « Dans cette population de 300.000 personnes beaucoup se sont durcis dans leur opposition au Colonel Kadhafi, durant de ce que les dirigeants occidentaux ont comparé à un « siège médiéval », disent les habitants [1]. »

Les rebelles sont forts lorsqu’ils combattent en ville, sur des lignes d’approvisionnement et de communication courtes et sur un terrain qui leur est intimement familier. Cependant, une fois qu’ils avancent vers Tripoli, la capitale de Kadhafi, comme ils l’ont tenté à maintes reprises ces dernières semaines, leur manque de discipline et d’entraînement de base devient déterminant.

Ils sont susceptibles de tomber dans des pièges et des embuscades où les armes lourdes de Kadhafi, cachées dans des endroits difficiles à découvrir à l’avance et à bombarder depuis les airs, les déciment. C’est ce qui s’est passé sur le front de l’Est entre les villes de Ajdabiya et de Brega, il y a deux mois [2] ; en fait, ce s’y est produit à nouveau dimanche dernier, quand une attaque rebelle sur Brega a été repoussé et que plus de la moitié de leurs forces ont été blessées ou tuées [3].

Aujourd’hui, la ligne de combat entre Misrata et les villes voisines à l’Ouest semble très similaire à la ligne de combat fluide dans l’est dans les premiers jours de la campagne de l’OTAN. Les rebelles ont repoussé de Misurata les troupes du gouvernement et ont avancé en direction de Tripoli, avec de violents combats dans les villes de Zlitan et de Zawiya.

Cependant, les forces de Kadhafi ont par la suite contre-attaqué et, en fin de semaine dernière, les combats se déroulaient à nouveau autour de Misrata, faisant des dizaines de morts et un nombre inconnu de blessés parmi les rebelles. Dimanche, le gouvernement a emmené des journalistes étrangers pour une brève visite tendue du centre de Zawiya [4]. Tôt lundi, des reportages sont sortis disant que les rebelles avaient de nouveau avancé vers la ville.

Une milice berbère rebelle distincte s’est emparée de la ville de Yafran, mais on rapporte qu’il y a eu peu ou pas de résistance et qu’il est peu probable que les Berbères avancent sur Tripoli. Selon certaines sources, Kadhafi garde en réserve ses troupes d’élite les mieux préparées ; actuellement, il semble s’appuyer sur une stratégie de guerre de mouvement et de contre-attaques, afin de retarder la campagne et de consolider son contrôle sur un territoire de base.

Pendant ce temps, L’OTAN a intensifié ses bombardements, la capitale Tripoli et le siège désormais vide de Kadhafi attirant un grand nombre des bombes. Cette stratégie semble viser à démoraliser le cercle rapproché du colonel, dans l’espoir que ce dernier sera éliminé par un putsch interne. La secrétaire d’Etat états-unienne Hillary Clinton a récemment affirmé que des propositions « nombreuses et répétées », faites par des personnes proches de Kadhafi pour qu’il négocie son départ du pouvoir, lui était parvenues [5].

En dépit des rapports faisant état qu’une poignée de proches collaborateurs de Kadhafi ont été tués, blessés ou ont fait défection, cette stratégie ne semble pas fonctionner. Kadhafi insiste sur le fait qu’il restera dans son pays jusqu’à la fin (ce qui signifie, au pouvoir sous une certaine forme), et il est peu probable que son cercle rapproché, constitué de ses proches et des personnes dont le destin est intimement liée au sien, prendrait des mesures contre sa volonté.

La proposition de la Turquie visant à lui offrir des « garanties », sans doute contre des poursuites pénales, semble vide, en particulier à la lumière de l’intention déclarée de la CPI de l’inculper de crimes de guerre. L’exemple du Nigeria, qui est revenu sur des garanties similaires faites à l’ancien président libérien Charles Taylor et qui l’a extradé 2006, est susceptible d’être encore présent à l’esprit de Kadhafi.

Il existe deux façons de sortir de l’impasse [6] : en éliminant physiquement Kadhafi et une grande partie de son cercle rapproché ou si l’OTAN envoie des forces terrestres en Libye. Un certain nombre de bombardements de l’OTAN dans les derniers mois ressemblait beaucoup à des attentats contre sa vie ; l’un d’eux aurait tué le fils obscur de Kadhafi, Saif al-Arab, et plusieurs petits-enfants du colonel. De manière ironique, la fille de Kadhafi a récemment intenté un procès pour crimes de guerre contre l’OTAN sur la base de cet incident.

Même s’il est difficile de dire combien de personnes en dehors de Kadhafi l’OTAN aurait à tuer pour abattre son régime, certains responsables de l’OTAN ont déjà commencé à tergiverser (plutôt que d’émettre des réfutations) pour savoir si Kadhafi est un objectif officiel de la campagne. « Tandis que l’assassinat de dirigeants étrangers est généralement mal vu et rarement admis, Kadhafi ne devrait probablement pas compter sur la loi pour le protéger », conclut Joshua Keating, dans une récente analyse juridique parue dans Foreign Policy [7].

Quant à une invasion terrestre, c’est une option encore plus risquée et serait le signe que l’OTAN considère que tout le reste a échoué. Toutefois, plusieurs indices montrent que l’alliance pose les bases d’une possible guerre terrestre en Libye, notamment, l’utilisation d’hélicoptères et la surenchère d’allégations de crimes de guerre.

Hormis ces deux options, il ne semble pas y avoir grand chose d’autre qui puisse chasser Kadhafi du pouvoir. Nous devrions envisager des replis tactiques du colonel à la lumière de ces menaces. S’ils ne se concrétisaient pas, une impasse en Libye serait pratiquement assurée au bout du compte. En attendant, ce conflit nous réserve plus de chaos et de confusion.

Victor Kotsev

Notes

[1] « Misrata: City under siege » [Misrata: Ville assiégée], BBC, 10 mai 2011.
[2] « Colonel Gaddafi goes Mao » [Le Colonel Kadhafi la joue Mao], Asia Times Online, 30 mars 2011.
[3] « Gaddafi forces repel rebels at Libyan oil town » [Les forces de Kadhafi repoussent les rebelles dans la ville pétrolière libyenne], Reuters, 12 juin 2011.
[4] « Zawiyah’s heart a ghost town after rebel advance » [Le cœur de Zawiyah : une ville fantôme après l'avancée des rebelles, Reuters, 12 juin 2011.
[5] « Clinton: Gadhafi associates say potential for Libya transition of power » [Clinton: les collaborateurs de Kadhafi disent que la transition du pouvoir est possible en Libye], Ha’aretz, 9 juin 2011.
[6] « Gadhafi’s daughter files war crimes lawsuit against NATO » [La fille de Kadhafi intente un procès à l'OTAN pour crimes de guerre], Ha’aretz, 8 juin 2011.
[7] « Is It Legal to Try to Kill Qaddafi ?  » [Est-il légal d’essayer de tuer Kadhafi ?], Foreign Policy, 10 juin 2011.

 

Le contrat pétrolier étasunien révèle les vrais motifs de la campagne libyenne (Russia Today)

OTAN, guerre de l'énergie, Occident, David Cameron, crimes de guerre, Nicolas Sarkozy, CPI, guerre du pétrole, Maghreb, Cour pénale internationale, révolutions arabes, Printemps Arabe, Mouammar Kadhafi, guerre de Libye, Benghazi, révolution libyenne, CNT, Conseil National de Transition, opération Aube de l'Odyssée, Union Africaine, opération Harmattan, opération Protecteur Unifié, Cyrénaïque, Tripolitaine, Fezzan, Misrata, UA,petrole,contyrat, La première cargaison de pétrole libyen est arrivée aux USA le 8 juin suite à un contrat signé pas les USA et le Conseil de transition National, le gouvernement légitime autoproclamé de la Libye. La vente a finalement mis à jour la vraie raison de la compagne libyenne de l’OTAN qui avait tout d’abord été justifiée par la nécessité de protéger les civils libyens. Les civils en question souffrent toujours, les forces de l’OTAN n’arrivent pas à sortir de l’impasse et les USA semblent être le seul protagoniste du conflit à profiter de la soi-disant "opération de sauvetage". Pendant ce temps, les représentants arabes et occidentaux se réunissent dans les Emirats Arabes Unis pour parler du futur de la Libye après la fin présumée de Mouammar Kadhafi. Cependant Kadhafi ne semble pas pressé de se rendre comme l’a amplement prouvé l’échec des bombardements de Tripoli par l’OTAN à cet effet.

Un plan "dans le but de prendre tous les mesures nécessaires pour protéger les civils et les lieux peuplés de civils" couvert par une résolution de l’ONU est en train d’échouer lamentablement. Cependant, pendant que les civils libyens souffrent à la fois des actions déclenchées par les rebelles et par les troupes gouvernementales, le pétrole libyen est transporté aux USA en toute sécurité. Comme le département d’état des USA l’a confirmé mercredi dernier, le gouvernement rebelle qui contrôle l’est de la Libye a fait sa première vente. Le contrat a suivi en avril une déclaration du Bureau du contrôle des actifs étrangers du département du Trésor comme quoi une nouvelle politique de licences avec la Libye avait été établie. Les USA ont dû prendre ces mesures pour faciliter les transactions pétrolières avec le Conseil National de Transition.

D’après une déclaration écrite du Département d’état, Tesoro, un raffineur pétrolier étasunien, a signé un contrat avec le Conseil National de Sécurité de Benghazi en Libye de 1,2 million de barils de pétrole brut. On ne connaît pas encore la valeur de ce contrat en dollars.

Le document affirme que ce contrat avec la CNT a pour unique but d’aider le peuple libyen. Toutefois il faut être bien naïf pour croire que les Libyens qui sont pris dans le chaos des feux croisés recevront un seul cent de ce contrat.

Pendant que les USA règlent avec brio leur problème de pétrole, les leaders arabes et occidentaux se préparent à décider de l’avenir de la Libye. Les membres du soi-disant groupe de contact -une coalition des différents pays et organisations internationales qui ont officiellement reconnu le CNT comme gouvernement légitime de la Libye- doivent se réunir dans les Emirats Arabes Unis. C’est la troisième fois que ce groupe se réunit pour discuter du développement potentiel du pays après la fin du régime de Kadhafi.

Il est surprenant qu’en dépit du fait qu’ils ont commencé à leur acheter du pétrole, les USA n’aient pas reconnu le nouveau gouvernement de la Libye. "Nous étudions la question mais nous n’avons pas encore pris de décision" a dit un officiel étasunien à propos d’une éventuelle reconnaissance du CNT.

Pendant que les membres du groupe de contact décident de l’avenir de la Libye après Kadhafi, Kadhafi lui-même ne semble pas décidé à abandonner le pouvoir. "Nous ne nous rendrons pas, nous ne renoncerons pas," a déclaré le leader assiégé en réponse à l’intensification des bombardements de Tripoli par les forces de l’OTAN. L’OTAN doit reconnaître que toutes ses manoeuvres pour mettre fin au conflit restent lettre morte et que pendant ce temps le pays s’enfonce de plus en plus dans le chaos.

Selon le dernier rapport du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, des crimes de guerre continuent d’êtres commis dans le pays au bord de l’anarchie et cela signifie que les citoyens libyens paient de leurs sang les ambitions européennes et le pétrole étasunien.

Pour consulter l’original : http://english.ruvr.ru/2011/06/10/5...

16.06.2011

Affaire DSK : la justice a-t-elle une couleur, même en France ?

Le procès d’OJ Simpson avait été un grand moment de confrontation raciale. L’affaire DSK semble prendre la même voie. Y compris en France.


(Dessin : Louison)

Une victime noire, un accusé blanc et juif. Tout cela aux Etats-Unis. Outre-Atlantique, une lecture raciale de l’affaire DSK n’est pas surprenante. L’affaire OJ Simpson en 1994 avait déjà été marquée par une présence permanente de la question noire. Ce procès surmédiatisé avait été jugé à Los Angeles, deux ans après les émeutes qui ont secoué la ville. Le camp OJ Simpson n’a d’ailleurs pas hésité à accuser la police de racisme. Les déclarations racistes de Mark Furhman, le premier policier présent sur les lieux du crime, joueront d'ailleurs grandement en la faveur de la défense. Un autre épisode marquant sera la couverture du Time du 27 juin 1994 avec un OJ Simpson à la peau noircie portant son numéro de prisonnier. Au final, un jury, majoritairement composé de Noirs, a acquitté OJ Simpson laissant penser aux anti-OJ Simpson (qui sera condamné au civil) que le procès s’est joué dans l’émotion et non dans la raison.

Pourtant, les défenseurs de Nafissatou Diallo semblent jouer clairement la carte raciale, brandissant l’immigrée noire contre l’homme puissant et blanc.  Elle a d’ailleurs choisi comme avocat principal Kenneth P. Thompson, Noir et spécialiste des discriminations. Un avocat qui décrit sa cliente comme «  une femme très courageuse, venue dans ce pays pour la grande promesse de l’Amérique », histoire de rappeler son passé d’immigrée. Du côté de chez DSK, on veut éviter la polémique démentant toute volonté de « salir » la plaignante et appelant à «un procès équitable» entre l'ex-patron du FMI et son accusatrice.

Cette question de couleur n'est pas anodine. Comme lors de l’affaire OJ Simpson, une ethnicisation voire une racialisation de l’affaire DSK ne servirait personne rendant toute décision de justice suspicieuse. A ce titre, le choix du jury  pour le procès sera crucial, la défense de DSK veillera-t-elle à ce qu’il n’y a ait pas trop de minorités ethnique parmi les jurés. Et même si cette composition ethnique n’est pas un choix délibéré, les journalistes, commentateurs, vont-ils réévaluer la valeur de la décision finale à l’aune de la couleur du jury ?

La question ethnique

On dira que tout cela se passe aux USA, où la notion de race est un référent admis et brandi dans le débat public. Mais même dans la France républicaine, le traitement de l’affaire DSK prend la même tournure faisant de ce scandale sexuel une affaire de rapports entre communautés. Dans d'autres cas, les médias français n'avaient déjà pas hésité  (à quelques réserves près) à donner une dimension ethnique à un fait divers. Même lorsque les origines des protagonistes n'avaient rien à voir avec le fond du dossier.

Dans l'affaire DSK, ce sont notamment les origines guinéennes et plus particulièrement peules de Nafissatou Diallo qui ont intéressé les journalistes français. Le JDD  ou Le Figaro  ont publié des reportages au sein des communautées peule et africaine de New York. Courrier International a même relayé un reportage  fait en Guinée. 


Le Nouvel Observateur a même creusé plus loin et écrit sur son site le 6 juin que « Nafissatou Diallo a échappé au destin généralement dévolu aux femmes de sa communauté et dérogé aux traditions » et que « le viol qu’elle dit avoir subi viendrait punir sa transgression. En outre, dans la culture peule, il la condamne au déshonneur ». Des passages qui ont entrainé de nombreuses réactions hostiles à un tel point que des précisons ont été ajoutées par la suite : « Quand un journaliste rapporte les propos d’un tiers, cela ne signifie qu’il les reprend son compte ».

L’Express.fr a préféré se tourner vers les Noirs de France. « "Inutile, outrancière, dégradante." Tels sont les commentaires de la communauté noire de France pour désigner la reprise systématique des médias français du qualificatif "noire" pour parler de Nafissatou Diallo dans l'affaire DSK », écrit le site d’information.

Cause des Noirs ou cause des femmes ?

La polémique raciale a également été reprise sur la scène politique et associative. « Si une jeune femme de chambre noire a osé porter plainte contre le patron du FMI, ‘pourquoi pas moi ?’ vont se dire beaucoup de femmes », affirmait Clémentine Autain, ex-adjointe au Maire de Paris, dans le Marianne du 6 juin. Là, le mot « noire » est aussi important que « femme ». Dans cette lutte entre le pot de terre contre le pot de fer, la couleur de peau a presque la même dimension que le genre. L'affaire DSK relève autant de la cause des Noirs que de la cause des femmes.

Des militants associatifs et personnalités noires l’ont bien compris. Si l’affaire DSK a mobilisé les féministes, elle a aussi motivé quelques anti-racistes. Comme l’écrivain Claude Ribbe, (ex-candidat aux législatives à Sarcelles), qui a monté un comité de soutien à la femme de chambre. Pour Claude Ribbe, joint par Marianne2, « on ne peut pas détacher cette affaire des cas de discriminations » Il estime que cette affaire est donc plus qu’un scandale sexuel : « C’est un homme blanc, riche, qui s’apprêtait à devenir président de la République et accusé par une femme immigrée, sans argent, une damnée de la terre et de religion musulmane ». Il souhaite « aider Nafissatou Diallo autant que possible » et tentera de se rendre au procès. 

Autre militant de la cause noire, Patrick Lozès, ex-président du CRAN, est également sorti du bois. S’il a confirmé des informations sur des discussions entre lui et le camp Diallo, il ne s’est pas étendu sur le sujet. « Je suis candidat à la présidentielle, je ne peux qu’être prudent dans mes déclarations », explique-t-il à Marianne2. Il dit être entré en contact avec le camp Diallo via « un défenseur des droits civiques ». Mais Patrick Lozès tient à faire profil bas : « Je n’ai pas l’intention de me mêler plus de cette affaire ». Tout au plus, il dit veiller « à l’égalité entre présomption d’innocence et présomption de sincérité ». Et à la différence de Claude Ribbe, Patrick Lozès refuse toute lecture raciale de l’affaire : « Il ne s’agit que d’une affaire judiciaire ». Cherchant à s'imposer comme les leaders d'une communauté, les deux hommes se tirent dans les pattes. Claude Ribbe accuse Lozès de « mensonge » quand il dit avoir été en contact avec le camp Diallo. « Claude Ribbe cherche à faire parler de lui », répond l’intéressé.

La « judéité » de DSK

En Israël, on s'intéresse aussi à la dimension ethnique de l’affaire DSK. Car si Strauss-Kahn est blanc de peau, il est aussi d'origine juive, ce que n’ont pas oublié certains médias. L’édition française du Jérusalem Post a ainsi publié un article le 19 mai titré « Les Juifs français choqués par l'affaire DSK ». On y lit : « Strauss-Kahn est connu pour son identité juive, dans un pays où les politiques préfèrent taire leurs idées religieuses. Par le passé, il a souvent exprimé son attachement à Israël tout en restant à distance des instances juives, selon des leaders de la communauté ». 

Mais où va mener la vision ethnique de cette affaire ? Il suffit de donner des indications sur l’origine des victimes et suspects dans un fait divers pour créer une polémique sur le risque de raviver la haine entre communautés. Et dans un tel dossier, tous les préjugés sur les Juifs, l’argent et le pouvoir risquent d’être réactivés. DSK lui-même l’a reconnu lors de son déjeuner du 29 avril avec des journalistes de Marianne : « J’ai trois handicaps : l’argent, les femmes et ma judéité ». 

Pour autant, les pontes français de la communauté juive restent prudents. Ils se sont peu ou pas exprimés dans les médias français à ce sujet. Mais dans une interview pour The Canadian Jewish News, Richard Prasquier, président du Crif, aborde le risque antisémite : « Nous avons eu aussi la même crainte lors de l’Affaire Madoff. (…) Mais l’Affaire Madoff n’a pas eu pour conséquence d’exacerber l’antisémitisme en France. Tout en étant très vigilants, il ne faut pas crier au loup avant que celui-ci n’arrive parce que c’est la meilleure façon de le faire venir ».

« Il n’y a pas eu d’explosion des propos antisémites »

On pouvait aussi craindre une montée antisémite sur le Web que ce soit dans des articles ou des commentaires de lecteurs. Mais, sur l'Express.fr, par exemple, Il n'y a eu aucune flambée de réactions haineuses, note Marie-Amélie Putallaz, animatrice de communauté poul le site. De son côté, Marc Knobel, chercheur pour le Crif, fait preuve de la même modération que Richard Prasquier. « S’il y a bien les sempiternels excités qui livrent leur haine des Juifs, ce genre de propos se limitent à de sites habitués à ce genre d’exercices nauséabonds », détaille-t-il à Marianne2. 

Les propos plus que douteux existent mais rien de plus d'habitude. Pour Marc Knobel, « il n’y a pas eu d’explosion des propos antisémites » sur le Web avec l'affaire DSK. Toutefois, il note que « lorsqu’on parle d’une personne d’origine juive, on parle d’argent, de pouvoir, on réveille les vieux stéréotypes ». Mais le Crif et les représentants juifs ne minimisent-ils pas une éventuelle vague d’antisémitisme pour éviter de faire entrer les origines de DSK dans la polémique ? « Non, si le Crif sentait qu’il y avait un problème nous réagirions ». Une montée en puissance du Crif dans l'affaire DSK pourrait alors créer un effet boule de neige et sceller définitivement la lecture ethnique du dossier. Car si la justice est aveugle, ce n'est pas le cas des justiciables.
Tefy Andriamanana

Écrit par luc torreele dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Tags : affaire dsk, antisémitisme, cran, crif, dsk, juifs, justice, lozès, racisme, ribbe | | |  Facebook |

Et si la guerre avait déjà commencé ?

Pour qu’une guerre ait lieu, il faut qu’il y ait deux camps opposés. Il faut également des tiers impliqués, des combats, des victimes, et deux idéologies qui s’affrontent.

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Car Peu à peu les choses s’éclaircissent, et les camps se forment : parallèlement à la mobilisation grandissante des peuples oppressés par leurs gouvernants se mettent en place les rouages d’une grosse machinerie qui nous conduit peu à peu vers une confrontation majeure, avec le monde Arabe. Cette confrontation est sans doute le seul moyen qu’ont trouvé nos gouvernants (bien peu imaginatifs somme toute) pour faire repartir une économie en panne et conserver leur pouvoir sur des milliards d’êtres humains. Que cette confrontation soit le fruit d’un préparation minutieuse ou d’un enchainement malheureux importe finalement peu car la situation est déjà bien engagée. il suffit pour s’en convaincre de regarder les faits, car ils expliquent d’eux-mêmes pourquoi le monde arabe est la cible choisie : c’est le bloc économique le plus faible du grand échiquier géostratégique.

Face à ce grand « Monopoly » qui se joue loin des caméras et aux ambitions chinoises qui achètent des terres partout, face aux ambitions de l’Amérique latine dont les ressources sont gigantesques ou celles de la Russie qui veut encore elle aussi jouer son coup, les Etats-Unis et l’Europe n’ont d’autre choix que de se soumettre ou de se défendre… en attaquant plus faible qu’eux. Protégés jusqu’à ce jour par leurs ressources et leurs régimes politiques, protégés jusqu’à ce jour par la corruption et les subsides européens et étasuniens, le Maghreb et le Moyen-Orient sont le seul “ennemi” encore à la portée des Etats-Unis et de l’Europe : une bonne petite guerre officiellement déclarée ne nuirait sans doute pas à leurs affaires.

L’islamophobie grandissante à l’intérieur de ces deux imposants candidats est le vecteur « psychologique » choisi pour distinguer les « gentils » des « méchants ». Ajoutez à cela la crise économique qui a permis la révolte des peuples oppressés là-bas avec l’aide de l’Europe et des Etats-Unis, révoltes dont ces mêmes Etats veulent aujourd’hui profiter pour se poser en défenseurs de la démocratie, et vous aurez tous les ingrédients pour fabriquer une grosse bombe dont l’étincelle s’enflammerait… à Jérusalem ?.

Pourtant, il n’y a pas si longtemps, et alors que la crise touchait durement les économies les plus fragiles, la Tunisie, l’Egypte, la Syrie, la Libye étaient des alliés proches des gouvernements européens (ce qui devrait nous interroger sur l’acuité de ces derniers en matière de politique étrangère ?). Les dictateurs étaient de très bons hôtes, et personne n’y trouvait rien à redire. Nous leur vendions des armes, y installions nos usines, et y faisions commerce constructif.

C’est que les entreprises européennes y étaient très bien traitées, et les dictatures copieusement arrosées par nos soins. Mais avec la crise et le ralentissement de l’économie mondiale, ce sont comme toujours “les sous-traitants” qui trinquent en premier : les « colonies financières » dont les dirigeants sont des pantins déguisés en vice-rois, ont du rogner encore un peu plus sur les droits et salaires déjà limites de leurs populations, entrainant ainsi “émeutes de la faim” et révoltes violentes.
 
Ces mouvements de contestation auraient très bien pu être réprimés dans le sang sans n’intéresser personne, si internet et le formidable appétit de liberté de ses utilisateurs n’avaient pas étalé au grand jour les massacres perpétrés par les désormais dictateurs.

Après avoir proposé leur aide à ces dictateurs « amis », ils on voulu faire mine de ne pas comprendre, mais après les nombreuses “bourdes” ( ou scandales si vous préférez) fortement médiatisées (qui ont peut-être au passage empêché de plus grands massacres avec l’envoi des forces de “sécurisation”), les gouvernants européens ont décidé de “soutenir” les partisans de la révolution. Mais pas n’importe comment : en soutenant les manifestants, les gouvernements réclameront bien sûr des compensations : les millions d’euros dépensés pour la “reconstruction”, pour les interventions de “sécurisation” ou de “protection des civils” ne seront certainement pas versés en vain. D’une manière ou d’une autre, ils seront récupérés.
 
Et puis pourquoi ne pas profiter de ces évènements pour aller plus loin ? Partant du principe que les dictateurs sont à mettre dehors, alors pourquoi ne pas aider “tous” leurs peuples à se libérer ? Ce serait là l’aboutissement du très fumeux concept de “guerre préventive” : en s’accordant sur le fait que tous les dirigeants arabes sont susceptibles de massacrer leurs populations si elles se révoltent, alors pourquoi ne pas les faire « dégager » dès maintenant ?
 
Car en protégeant ainsi les révolutionnaires, les Etats-Unis et l’Europe s’accordent un futur droit de regard sur l’installation des nouveaux dirigeants. Et cela même si les révolutions sont justes et légitimes, et partent d’une véritable prise de conscience démocratique de la part des peuples opprimés : elles sont organisées et développées par des Etats qui ne mènent en réalité rien d’autre qu’une guerre d’invasion du Monde Arabe, en attendant la déclaration de guerre officielle.
 
Si on rapproche maintenant cette situation du problème israélo-palestinien, on voit bien à quel point la nouvelle politique des Palestiniens pousse les Etats-Unis et leurs alliés à des prises de position radicales : l’aveu public d’un soutien sans faille à Israël face aux revendications indépendantistes des Palestiniens à l’ONU signifierait pour le Monde Arabe une déclaration d’hostilité considérée comme injustifiée, et même injuste. De quoi mettre le feu aux poudres.

La guerre a donc sans doute déjà commencé, mais comme nous sommes les envahisseurs, nous n’en subissons pas encore les effets. Mais les pays envahis le savent eux, il n’y a qu’à regarder les effets des “libérations” Irakienne ou Afghane : Des malformations anormalement élevées chez les enfants nés après la “libération”, en Afrique des maladies liées aux récoltes de minerais dans des conditions quasi esclavagistes…
 
La guerre a commencé, et personne ne veut encore nous la montrer : on se bat en sous-main pour la direction du FMI, on achète le maximum de terres en Afrique ou ailleurs, on se bat pour l’eau et le pétrole, on envahit peu à peu tous les espaces possibles pour préparer à la “grande confrontation ultime”, celle que tous attendent en la redoutant, celle qu’ils préparent pour l’éviter tout en la provoquant.
 
En accueillant pas les immigrés qu’on dit par ailleurs défendre, en stigmatisant les Arabes et tous les Musulmans depuis le 11 septembre, tous les pays du monde se sont engagés dans une guerre qui ne dit pas son nom. Les nouvelles technologies de l’information sont en passe de devenir un enjeu majeur pour la liberté, et la vérité. Seuls relais des horreurs réelles et véritables d’une guerre qui a déjà fait des dizaines de milliers de victimes, internet et ses réseaux ne doivent pas tomber sous le contrôle des futurs tyrans. Une fois transformés en « télécrans », nous deviendrons alors incapables de distinguer le vrai du faux : la guerre continuelle tant redoutée par Orwell sera alors possible.
 
Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

 

Pascal Boniface : « Ces intellectuels faussaires cherchent aussi à faire taire les autres »

arton6500-34a94.jpgCes “serials-menteurs“, que Pascal Boniface dénonce dans son livre « Les intellectuels faussaires » (*), ne se contentent pas d’égrener à longueurs d’années des énormités. Ce sont aussi des adversaires résolus de la liberté d’information. Ils sont prêts à briser la carrière de ceux qui tentent de rétablir la vérité.

En 2004, Caroline Fourest publie « Frère Tariq ». Elle raconte en pages 128 et 129 que Tariq Ramadan, et son frère Hani, coordonnent une conférence à Genève en 1991, à l’hôtel Penta, où interviennent Ayman Al-Zawahiri, le futur numéro 2 d’Al-Qaïda, et Omar Abdel-Rahman, le cerveau du premier attentat du World Trade Center. C’est non seulement faux, mais totalement ridicule. Pourquoi des personnages aussi surveillés par les services secrets occidentaux auraient-ils pris le risque de s’exhiber dans un grand hôtel suisse ? Et si les frères Ramadan sont des proches de terroristes, comme le laisse entendre Caroline Fourest, pourquoi la France, la Grande-Bretagne ou l’Italie ne les arrêtent-ils pas ? Ce livre, qui a véritablement lancé la carrière médiatique de Caroline Fourest, « est truffé d’erreurs, de raccourcis et de … contrevérités », constate Pascal Boniface dans « Les intellectuels faussaires ».

Dans cet ouvrage, le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) “aligne“ huit spécialistes es-mensonges, comme Alexandre Adler, Caroline Fourest, Mohamed Sifaoui, et bien évidemment Bernard-Henri Lévy. Il aurait pu ajouter sur la liste Antoine Sfeir, Jean-Charles Brisard et tous les pseudo-spécialistes du terrorisme. « La technique de Caroline Fourest consiste à accuser ceux avec lesquels elle n’est pas d’accord, de complicité avec l’islamisme, de non-dénonciation de l’antisémitisme, de passivités devant les viols, le sexisme, l’homophobie dans les cités… », énumère Pascal Boniface.

Pour mémoire, Pascal Boniface, ancien conseiller dans des cabinets ministériels, est l’auteur d’une bonne quarantaine d’ouvrages, notamment « Pourquoi tant de haines ? », « 50 idées reçues sur les Etats-Unis » ou « Les Défis du monde arabe ».

14 éditeurs ont refusé votre livre. Quels motifs vous ont-ils donné ?

Il faudrait également comptabiliser d’autres éditeurs que je n’ai pas contactés, connaissant par avance leur attitude vis-à-vis de mon livre, comme Calmann-Lévy, Denoël ou Grasset. Les éditeurs universitaires n’acceptent que les “petites“ polémiques. Les polémiques disons “acceptables“. D’autres éditeurs ne croyaient pas à l’avenir commercial de ce livre. Enfin, de nombreux éditeurs étaient entièrement d’accord avec moi, mais ils craignaient les méthodes de rétorsion des “intellectuels“ mis en cause. Philippe Val ne risquait-il pas, par exemple, pour se venger, d’interdire d’antenne tous les auteurs de la maison d’édition qui publierait « Les intellectuels faussaires » ?

Pourquoi l’ouvrage sort-il maintenant ?

L’idée de ce livre me taraude depuis la guerre d’Irak. De nombreux faussaires évoquaient des armes de destruction massive qu’aurait possédées Saddam Hussein. Pourquoi ces faussaires, qui trompaient volontairement le public, n’ont-ils pas été sanctionné par les médias ? Bien au contraire, les journaux, les radios, les télévisions ont continué à leur donner la parole, alors qu’ils savent qu’ils mentent. J’ai attendu que d’autres écrivent ce livre.

Comment expliquez-vous l’attitude des médias français ?

Il y a d’une part les militants, que les mensonges arrangent. Et d’autre part, les rédacteurs qui ont peur. Ce n’est pas facile de s’opposer à BHL, vous êtes aussitôt accusé d’antisémitisme. Ces faussaires prétendent porter la morale en bandoulière, et quand vous les critiquez, ils tentent de vous faire passer pour des êtres immoraux, pour des barbares…

Ces méthodes, qui rappellent le maccarthysme, marchent-elles ?

De moins en moins. Alors que BHL entre comme chez lui dans la plupart des médias, il n’a réussi à vendre que 3 500 exemplaires de son dernier livre ! En revanche, même si la presse ne se bouscule pas pour parler de mon livre, sorti le 20 mai, il a déjà été réédité. Je constate que le public est de moins en moins dupe. Il ne fait plus guère confiance à nos “élites“. Je peux aller dans un lycée pour y débattre. BHL, non. Il s’y ferait accueillir par des jets de tomates et d’œufs.

Les intellectuels faussaires que vous dénoncez ne font pas que mentir, ils tentent aussi de museler ceux qui ne pensent pas comme eux.

Absolument. BHL cherche à se faire passer pour un défenseur infatigable des libertés. Or, cet homme, qui n’est pas un philosophe mais un rentier, utilise ses multiples relations dans les médias et chez les éditeurs pour exclure du champ public ceux qui ne lui plaisent pas. Cela ne le dérange pas de briser des carrières. Un exemple, ni « Le Monde », ni « Le Figaro », ni « Libération » n’ont voulu passer un article révélant les mensonges de Bernard-Henri Lévy quant à sa fausse proximité avec le commandant Massoud.

Ne craignez-vous pas des représailles ?

Il y en aura vraisemblablement. Certains ne doivent pas supporter “l’affront“. Je m’attends à des coups sous la ceinture.

Propos recueillis par Ian Hamel

(*) Pascal Boniface,« Les intellectuels faussaires. Le triomphe médiatique des experts en mensonge » , Jean-Claude Gawsewitch, 247 pages.